Le Devoir d'Histoire de Pierre Vial.

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Le Devoir d'Histoire de Pierre Vial.

Message par Terreblanche le Lun 1 Juil - 9:09






-La Charte du Travail -

( 26 octobre 1941 )


" Le régime économique de ces dernières années faisait apparaître
les même imperfections et les mêmes contradictions que le régime politique.
Sur le plan parlementaire,apparence de liberté.
Mais en fait,asservissement aux puissances d'argent et recours de plus en plus large
aux interventions de l'Etat.
Cette dégradation du libéralisme économique s'explique d'ailleurs aisément.
La libre concurrence était à la fois le ressort et le régulateur du régime libéral.
Le jour où les coalitions et les trusts brisèrent ce mécanisme essentiel,
la production et les prix furent livrés,sans défense,à l'esprit de lucre
et de spéculation.
Ainsi se déroulait ce spectacle révoltant de tant de millions d'hommes manquant
du nécessaire en face de stocks invendus et même détruits dans le seul dessein
de soutenir le cours des matières premières ".


Ainsi s'exprimait le Maréchal Pétain dans son Message
du 11 octobre 1940.
Trois mois après avoir reçu des parlementaires les pleins pouvoirs
pour reconstruire la France.
Il entendait souligner la nécessaire complémentarité,pour installer un nouveau modèle
de société,entre le domaine politique et le domaine économique et social.
Une Révolution Nationale ne pouvait en effet faire l'impasse sur une mise en cause
d'un système,le capitalisme libéral,source de
" la violence qui se cache sous certaines libertés apparentes".
Cette mise en cause du libéralisme avait été le pivot de diverses initiatives développées
entre 1930 et 1934 et que Jean-Louis Loubet del Bayle
a appelé " l'esprit de 1930" (Les non-conformistes des années 30,
une tentative de renouvellement de la pensée politique française,Seuil,1969).
Un esprit animant la revue Plans,dirigée par le sorélien Philippe Lamour
et à laquelle collaboraient Hubert Lagardelle,vieux militant socialiste révolutionnaire
et ami de Mussolini,Le Corbusier,Fernand Léger,
Claude Autant-Lara,Arthur Honegger.

Cette équipe affirmait la nécessité d'une nouvelle société organisée autour
de " l'homme réel " et la substitution à la liberté économique,
qui est l'anarchie créatrice de misère d'une organisation rationnelle de la production
et de la répartition:
- l'économie du Plan.
Cette thématique était proche de celle développée par le mouvement
Ordre Nouveau,fondé en 1930 par Robert Aron,Alexandre Marc
et Arnaud Dandieu.
Mêmes préoccupations au sein de la revue Esprit,fondée en 1932
par Emmanuel Mounier.
Ces équipes qui véhiculent " l'esprit de 1930 " considèrent que la grande crise
économique de 1929 est la sanstion du système libéral,guidé par
la "frénésie productiviste" (Daniel-Rops),le moteur du productivisme
étant "la recherche sans frein du profit" (Jean de Fabrègues),
ce que Maritain appelle :
"le principe contre nature de la fécondité de l'argent"
Esprit dénonçant en novembre 1933 "l'usure érigée en loi générale".
Alors que les années ayant suivi 1934 semblaient marquer la mise entre parenthèses
de "l'esprit de 1930",la naissance de l'Etat français,
en 1940 vit resurgir,comme l'a noté Raoul Girardet,certains
des hommes qui avaient été porteurs de ce courant.
Ainsi François Perroux, un ancien d'Esprit,met en avant
la conception de l'entreprise comme "communauté de travail"
(reconnu aujourd'hui comme ayant été un des grands économistes contemporains,
il est l'auteur de Capitalisme et communauté de travail,Syndicalisme et Capitalisme,
Autarcie et Expansion
,publiés entre
1936 et 1940).
Directeur de l'Institut d'études corporatives fondé par Vichy en 1940.
Perroux a créé,avec Maurice Bouvier-Ajam,les cahiers
Renaître,destinés à donner " une interprétation doctrinale,homogène
et cohérente "
des principes de la Révolution Nationale.

De même deux anciens animateurs d'Ordre Nouveau,Jean Jardin
et Robert Loustau,jouent un rôle clef dans l'entourage du Maréchal.
Loustau,chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères
Paul Baudouin,rédigea le Message de Saint-Etienne que le Maréchal
consacra en mars 1941 aux problèmes sociaux et qui annonçait
la Charte du Travail.
Proclamant le refus de la lutte des classes,il dénonçait les causes de celle-ci:

" C'est la menace du chômage et l'angoisse de la misère qu'elle fait peser
sur les foyers.C'est le travail sans joie de l'ouvrier sans métier.
C'est le taudis dans la cité laide où il passe des hivers sans lumière et sans feu.
C'est la vie de nomade sans terre et sans toit.
Telle est la condition prolétarienne.
Il n'y aura pas de paix sociale tant que durera cette injustice ".


Promulguée le 26 octobre 1941, la Charte du Travail
était une pièce maîtresse de la Révolution Nationale puisqu'elle avait comme
raison d'être d'organiser les rapports professionnels entre employeurs et employés.
Pour la première fois,la notion de salaire minimum vital garanti
aux travailleurs apparaissait dans une loi.Il était fixé par l'Etat.
Le principe d'une participation ouvrière à la gestion de l'entreprise et
des oeuvres sociales,préconisée par Perroux et Bouvier-Ajam,
était calqué sur ce qui existait en Allemagne.
En fait,deux courants avaient été en concurrence pour fixer le contenu
de la Charte du Travail:
- les syndicalistes et les corporatistes.
D'où la formule de compromis qui en sortit.Mais dont les acquis devaient,
pour beaucoup,survivre à la fin de l'Etat français.

Pierre Vial.

Source:RIVAROL n° 2925,30 octobre 2009, page 12.

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