Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

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Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:07

R.Hess et les Sudètes.





- L'argumentaire de l'Accusation.




Concernant le rattachement de la région des Sudètes au Reich,
J.M.G.Griffith-Jones cité des documents assez disparates,déclarant aux juges:


J'invite le Tribunal à se reporter à un document qui figure à la page 165
du livre de documents et qui,selon les propres paroles de Hess,jette
quelque lumière sur son activité en Autriche et en Tchécoslovaquie.
C'est un discours prononcé le 28 août 1938,à la réunion annuelle de
l'Auslands-Organisation.C'est le document PS-3258,déjà déposé sous
le n°GB-262.J'en cite les trois derniers paragraphes qui figurent à la page 165
du livre de documents:

"A la fin de son discours,Rudolf Hess rappelle les journées de l'an dernier où
s'étaient rassemblés,ici même,à Stuttgart,des Allemands,hommes et femmes,
garçons et filles,dans leurs costumes régionaux,tout bouillants d'enthousiasme
à l'idée de la Grande Allemagne,passionnément entraînés par le national-
socialisme,mais cependant extérieurement "Volsdeutsche",c'est-à-dire
Allemand de sang,mais de nationalité étrangère.
"Aujourd'hui,continue Rudolf Hess,"ils figurent ouvertement dans nos rangs.
Fiers et heureux,ils vont défiler devant leur Führer,à Nuremberg,dans les formations
du mouvement national-socialiste,cette fois-ci comme des citoyens allemands.
De tout coeur nous nous réjouissons de les voir.Ils ont mené une longue et dure
bataille contre un ennemi traître et menteur..."

Et ainsi de suite,sur le même ton.A la page suivante,il rappelle la lutte des Allemands
des Sudètes: "Le peuple allemand regarde vers ses camarades de race de Tchécos-
lovaquie en prenant une part profonde à leurs souffrances.Quiconque au monde
aime ses compatriotes et en est fier,ne pourra nous critiquer si d'ici même,
nous tournons nos pensées vers les Allemands des Sudètes,si nous leur disons que,
remplis d'admiration,nous voyons comment ils savent garder une discipline de fer,
malgré les pires chicanes,malgré la terreur et le meutre.
Si même il était nécessaire de fournir une preuve..."

Je pense qu'il n'est peut-être pas nécessaire de continuer la lecture de ce
document,mais il montre l'intérêt que portait Hess aux événements de Tchécos-
lovaquie.Le document PS-3061,déjà déposé sous le n°USA-126,montre que
ce discours fut prononcé en août 1938 et que pendant tout l'été des conversations
eurent lieu entre Henlein,Hitler,Hess et Ribbentrop,pour informer le Gouvernement
du Reich de la situation politique en Tchécoslovaquie.Ce document a déjà été
lu et figure au procès-verbal.
Mais,s'il y a quelque chose qui doit prouver la participation de Hess à cette activité
(dans l'affaire des Sudètes),c'est bien la lettre du 27 septembre 1938 que le
Tribunal a déjà eue sous les yeux et qui lui fut adressée par Keitel pour lui demander
l'aide du Parti à la mobilisation secrète qui devait être effectuée sans utilisation
du code prévu.Cette lettre est datée du 27 septembre 1938 et constitue le
document PS-388 qui a déjà été déposé sous le n°USA-26.
Il figure à la page 30 du livre de documents.
*
J'aimerais inviter le Tribunal à étudier un document figurant à la page 120 du livre
de documents.C'est un autre discours prononcé par l'accusé le 7 novembre 1938,
à l'occasion du rattachement du parti des Allemands des Sudètes à la NSDAP:

"Si nous avions dû défendre nos droits nous-mêmes,c'est alors qu'ils auraient
vraiment connu les nationaux-socialistes allemands,les combattants du Führer.
"Mais le Führer" déclara Hess,sous les clameurs de l'assistance," en a tiré la leçon.
Il a réarmé avec une rapidité que personne n'aurait crue possible.
Quand le Führer a pris le pouvoir,et plus particulièrement depuis que le Führer
a réveillé la volonté du peuple allemand de mettre sa force au service de son droit,
voilà ce qui confère ses droits à l'Allemagne."


On pourrait se demander ce qu'étaient les droits de l'Allemagne à cette époque,
en novembre 1938,alors que Hitler avait déclaré dès le 26 septembre qu'il n'avait
plus aucune revendication territoriale à formuler en Europe. **

Finalement,que reprochait-on à l'accusé ?

- de s'être intéressé "aux événements de Tchécoslovaquie",

- d'avoir été averti qu'en cas de mobilisation secrète,aucune gêne ne devrait être
apportée à la diffusion des instructions,

- d'avoir prononcé deux discours favorables au rattachement des Sudètes,
dont un à une époque où des pourparlers secrets existaient sur la question
(pourparlers auxquels il ne participait pas).



- Des arguments ineptes.


Dans les annales de l'ineptie,cet exposé méritait de figurer en bonne place.
Car pour un membre du gouvernement allemand,il était tout à fait normal,
à l'époque,de soutenir les revendications (légitimes) des Allemands des Sudètes.
Quant à être averti de ne pas gêner les mesures de mobilisation,il s'agissait
d'un rôle purement passif.Ce soutien et cette demande de comportement passif
ne prouvaient absolument pas la participation active à un quelconque "complot"
en vue d'une future guerre d'agression.
Rappelons d'ailleurs que le rattachement de la région des Sudètes au Reich fut
négocié pacifiquement et obtenu légalement suite aux accords de Munich entre
la France,l'Angleterre,l'Allemagne et l'Italie (30 septembre 1938).
Si Hitler avait voulu la guerre et s'il avait comploté pour l'obtenir,il n'y aurait pas
eu Munich en septembre 1938,mais une invasion brutale de la Tchécoslovaquie,
invasion que l'Etat-Major allemand avait préparée dès le printemps 1938 sous
le nom de code "Cas Vert" (voy.le doc.PS-388).
Loin,donc,d'établir l'existence d'un prétendu "plan concerté" en vue de déclencher
une guerre agressive,la façon dont le pays des Sudètes fut intégré au Reich avait
au contraire démontré une volonté de paix chez Hitler.



(Allemands des Sudètes acclamant Hitler avec le Salut Nazi lorsque
celui-ci traversa la frontière tchécoslovaque en 1938).



- La Défense balaye les arguments de l'Accusation.



L'avocat de R.Hess n'eur ainsi aucun mal à balayer les arguments du Ministère
public.Dans sa plaidoirie finale,il déclara:

J'en viens maintenant à la question du rattachement du pays des Sudètes.
3 500 000 d'Allemands des Sudètes avaient été réunis dans un Etat avec
8 500 000 Tchèques et Slovaques sans qu'il leur eut été accordé le pouvoir
d'exercer une influence importante sur l'Etat.
Tous les efforts entrepris par ce groupe ethnique pour obtenir leur autonomie
dans le cadre de la fédération de l'Etat tchécoslovaque sont restés vains.
Lorsque la question de l'Anschluss de l'Autriche fut résolue,il devint inévitable
que la position future des Allemands des Sudètes qui comptaient tout de même
3 500 000 êtres humains,et dont l'appartenance au groupe ethnique allemand
ne pouvait faire aucun doute,dut être soumise à un examen.
Je n'ai pas l'intention de prendre position sur les détails de toutes les questions
soulevées par l'Anschluss du pays des Sudètes au Reich,du point de vue du fait
et du Droit.Mais,considérant que le Ministère public,dans l'exposé des charges
qu'il a présenté au Tribunal contre l'accusé Hess,a soulevé la question des Allemands
des Sudètes et qu'il a soumis également quelques documents à titre de preuves,
il me paraît nécessaire de m'expliquer brièvement sur ce point.
Dans le document PS-3528 (GB-262),il s'agit d'un discours du représentant
du Führer au congrès de l'organisation à l'étranger de la NSDAP,le 28 août 1938,
l'accusé ne prend position qu'en termes généraux sur la question des Allemands
des Sudètes en mettant l'accent sur le principe des nationalités et sur le droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes.
De même les autres documents présentés par le Ministère public USA-126 (PS-3061)
et USA-26 (PS-388) ne contiennent rien qui permette de conclure à une participation
décisive de l'accusé à la solution de la question des Allemands des Sudètes.
Mais l'importance de cette participation reste tout à fait douteuse,car l'Anschluss
du pays des Sudètes au Reich ne représente pas en soi un acte délictueux du
point de vue du Droit international.
L'Anschluss du "Gau" des Sudètes n'a été réalisé ni par une action unilatérale
de l'Allemagne ni sur la base d'un accord discutable conclu entre le Reich
allemand et la République tchécoslovaque.
Bien plus,l'Anschluss avait été réalisé sur la base d'un accord conclu le
29 septembre 1938 à Munich entre l'Allemagne,le Royaume-Uni de Grande-Bretagne,
la France et l'Italie.
Cet accord contient des clauses précises et détaillées sur l'évacuation des
territoires à céder et leur occupation par étapes par les troupes allemandes.
La délimitation des frontières avait été effectuée par une commission internationale.
Sans vouloir entrer dans les détails des stipulations de cet accord,on peut affirmer
avec certitude qu'il s'agit ici d'un accord conclu librement,et chacun de ses
signataires avait nourri l'espoir que cet accord pourrait devenir la base ou,
tout au moins,une condition préalable essentielle de l'amélioration des relations
internationales en Europe. (TMI
,XIX,378-9).




* Ce dernier document avancé par l'Accusation était une lettre contenue
dans le dossier produit sous la cote PS-388.Rédigée par le général Keitel,
datée du 27 septembre 1938 et adressée à R.Hess ainsi qu'à Henrich Himmler,
il y était question de manoeuvres secrètes de mobilisation dans le cadre
de la crise tchèque.Les trois premiers paragraphes étaient les suivants:

"Etant donné la situation politique,le Führer Chancelier a ordonné des mesures
de mobilisation pour l'Armée sans que la situation politique soit aggravée par
la mise en vigueur de l'ordre de mobilisation (ordre) X) ou des noms de code
correspondant.
"Dans le cadre de ces mesures de mobilisation,il est nécessaire que les autorités
militaires envoient aux diverses autorités du Parti et à ses organisations des
instructions concernant la précédente mise en vigueur antérieure de l'ordre
de mobilisation,les mesures préliminaires ou les codes spéciaux.
"Cette situation spéciale exige qu'il soit donné satisfaction immédiatement
à ces exigences (même si le code n'est pas encore divulgué) et sans qu'il soit
référé à une autorité supérieure."
(doc.PS-388 in TMI,XXV,484).

** TMI,VII,140-2.Une réponse à l'argument reposant sur le discours prononcé
le 26 septembre par Hitler se trouve la brochure intitulée:Septembre 1939:
acquittement pour Hitler
(éd.VHO,2006),pp.23-7.

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:15

R.Hess et la Tchécoslovaquie.



- La thèse officielle.



Certains pourront rétorquer en citant les événements qui suivirent et qui
conduisirent,en mars 1939,au dépècement de la Tchécoslovaquie par Hitler.
Ils y verront la preuve que,depuis le début et au mépris des accords de Munich,
le Führer souhaitait faire disparaître un pays et annexer comme après une guerre
gagnée,ce qui démontrerait l'existence d'un "complot" en vue d'agresser les voisins
(complot auquel R.Hess aurait participé,au moins temporairement).
Telle est la thèse développée dans le jugement de Nuremberg.
Au chapitre intitulé:"Le régime nazi en Allemagne",on lit:

Le fait que,peu après (le 29 septembre 1938),Hitler se renseigna auprès
de Keitel sur la force militaire que ce dernier estimait nécessaire pour briser
toute résistance tchèque en Bohême-Moravie,montre qu'il n'avait jamais eu
l'intention de respecter l'Accord de Munich.
Keitel lui envoya son avis le 11 octobre 1938 et,dix jours après,Hitler assigna
à l'Armée ses tâches futures.L'une de ces directives contenait la phrase
suivante:

"Il faut que nous ayons la possibilité d'écraser à tout moment le reste
de la Tchécoslovaquie,si sa politique devenait hostile à l'Allemagne."

Il est inutile de revenir en détail sur les événements caractéristiques des mois
suivants.Le 14 mars 1939,le président tchèque Hacha et son ministre des
Affaires étrangères,Chvalkovsky,se rendirent à Berlin sur la demande de Hitler
et assistèrent à une réunion à laquelle prirent part,entre autres,von Ribbentrop,
Göring et Keitel.On proposa à Hacha à consentir par un accord à l'incorporation
immédiate de la population tchèque dans celle du Reich allemand et de sauver
ainsi la Bohme-Moravie de la destruction.Il fut informé de l'ordre que les troupes
allemandes avaient déjà reçu de se mettre en route et de briser toute résistance
par la force.Göring menaça en outre de bombarder la ville de Prague et de la
détruire entièrement.Devant cette cruelle alternative,Hacha et son ministre
des Affaires étrangères,à 4h30 du matin,signèrent l'accord qu'on exigeait d'eux,
Hitler et Ribbentrop le signèrent pour l'Allemagne.
Le 15 mars,les troupes allemandes occupèrent la Bohême-Moravie et,
le 16 mars,le pays fut incorporé au Reich en tant que protectorat par un décret
au bas duquel von Ribbentrop et Frick apposèrent leur signature.
(TMI
,XXII,468).


- Un pays qui s'est désagrégé tout seul.


Cette thèse n'a qu'un seul défaut,mais un défaut rédhibitoire.
Elle n'éclaire que la moitié de la scène,c'est-à-dire qu'elle ne s'intéresse qu'à
l'Allemagne,ignorant totalement les événements survenus en Tchécoslovaquie
après Munich.
Je rappelle par exemple qu'en février 1939,à la suite d'élections libres,92,4%
de la Ruthénie et 98% de la Slovaquie se prononcèrent pour l'indépendance.
En réponse,le pouvoir central tchécoslovaque destitua de nombreux hommes
politiques,proclama la loi martiale et envoya même l'armée en Ruthénie.*
Lors des audiences à Nuremberg,les accusés donnèrent toutes les précisions
nécessaires qui auraient permis au Tribunal de bien apprécier la situation
de l'époque.
Le 29 mars 1946,J.von Ribbentrop expliqua la façon dont cette mosaïque
artificielle de peuples créée en 1919 s'était très rapidement disloquée,
menaçant de provoquer des conflits armés:

Quelle était la situation au lendemain du Munich ?
On en a une idée si l'on se souvient que toutes les minorités de Tchécoslovaquie
réclamèrent leur indépendance.Peu après,les Ukrainiens des Carpates proclamèrent
leur indépendance et d'autres groupements encore manifestèrent avec vigueur
des aspirations semblables.
D'accord avec l'accord de Munich (...) il existait une clause stipulant que
l'Allemagne et l'Italie donneraient une garantie à la Tchécoslovaquie;
mais cette déclaration ne fut jamais faite,et la raison en est que la Pologne,
après l'accord de Munich,envoya un ultimatum à la Tchécoslovaquie et,
de sa propre initiative,occupa les zones habitées par les minorités polonaises.
Les Hongrois également réclamèrent l'autonomie ou un rattachement à la Hongrie,
et là-dessus,certaines zones de Tchécoslovaquie furent cédées à la Hongrie
à la suite d'un arbitrage qui eut lieu à Vienne.
La situation en Tchécoslovaquie ne s'éclaircit pas,malgré tout,au contraire,
elle se compliqua.C'est alors que le Slovaque Tuka s'adressa à nous.
Il voulait obtenir l'accord de l'Allemagne à l'indépendance de la Slovaquie.
Le Führer reçut Tuka et,après quelques négociations,la déclaration d'indépendance
de la Slovaquie fut proclamée le 13 mars par (Jozef) Tiso.
Le Ministère public a présenté un document prétendant que,pendant la
conversation qui eut lieu entre Hitler et Tuka,j'ai déclaré que la Tchécoslovaquie
devrait prendre une décision dans les heures qui suivraient,que ce n'était pas
même une question de jours.C'est qu'à cette époque,les troupes hongroises
se préparaient à envahir et à occuper certaines régions de la Slovaquie et de
l'Ukraine subcarpatiques.**
Nous voulions prévenir une guerre entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie,
Hitler se faisait beaucoup de soucis à ce sujet et c'est pourquoi il reconnut
avec empressement la revendication de Tiso.Plus tard,après la déclaration
d'indépendance de la Slovaquie par le Parlement slovaque,il accéda à la demande
de Tiso et se chargea de la protection du pays. (TMI
,X,268).

Quinze jours auparavant,H.Göring avait souligné que dans cette affaire,
Hitler avait finalement dû agir dans l'urgence,sans plus plan préconçu:

Après Munich,après l'accord de Munich et la solution de la question des Allemands
des Sudètes,le Führer et ses collaborateurs pratiquèrent une mise au point
militaire afin de parer aux difficultés qui pourraient surgir (...) des conséquences
de l'occupation des zones visées,les autorités militaires devaient prendre certaines
mesures de précaution car,après l'occupation des zones,les troupes qui avaient
été mises sur pied pour le "Cas Vert" (cas où,la situation se dégradant,Hitler
aurait décidé l'invasion militaire de la Tchécoslovaquie),avaient été démobilisées.
Mais les événements pouvaient à tout moment évoluer dans un sens susceptible
de devenir extrêmement dangereux pour l'Allemagne.
Il n'y a qu'à rappeler les commentaires de la presse russe,de la radio russe,
sur l'accord de Munich et sur l'occupation du pays des Sudètes.
On ne pouvait pas parler de façon plus provocante.
Il existait depuis longtemps des rapports entre Prague et Moscou.
Prague,déçue par l'accord de Munich,pouvait maintenant avoir resserré ses liens
avec Moscou.Nous en vîmes les signes,dans le corps des officiers tchèques
en particulier,et on nous en informa.Pour le cas où il pouvait en résulter quelque
danger pour l'Allemagne,les diverses autorités militaires avaient reçu
des instructions afin de prendre des mesures préventives,comme il était de leur devoir.
Cet ordre n'a rien à voir avec l'intention d'occuper peu après le reste
de la Tchécoslovaquie.
Je me rendis moi-même fin janvier sur la Riviera pour mes premières longues
vacances et,pendant cette période,j'abandonnai délibérément toutes mes affaires.
Au début de mars (1939),à ma grande surprise,un courrier spécial du Führer
m'apporta une lettre m'informant que le déroulement des événements en
Tchécoslovaquie était tel qu'il ne pouvait impunément leur laisser libre cours.
Ils devenaient une menace croissante pour l'Allemagne et il était maintenant
résolu à résoudre la question en éliminant la Tchécoslovaquie sous le prétexte
qu'elle constituait une source de danger en plein centre de l'Allemagne,
pour y réussir,il songeait d'abord à l'occuper.
Pendant ce temps,j'étais à San Remo où j'avais rencontré beaucoup d'Anglais.
J'avais eu l'impression qu'ils s'étaient résignés aux accords de Munich et
les avaient trouvés tout à fait satisfaisants,mais qu'il ne fallait plus toucher
à la Tchécoslovaquie sans risquer de provoquer une grande agitation.
Je renvoyai une lettre par le courrier,peut-être se trouve-t-elle parmi les
nombreuses tonnes de documents que possède le Ministère public.
Je comprendrais d'ailleurs qu'on ne la produise pas,car ce serait plutôt
un document à décharge.
Dans cette lettre,j'exposais mon point de vue au Führer et j'écrivais à peu
près ceci:"si cet événement se produisait,il entraînerait une très sérieuse
perte de prestige pour le Premier Ministre anglais Chamberlain et je croyais
qu'il aurait du mal à y survivre.Mr Churchill ferait probablement son entrée
et le Führer connaissant l'attitude de Churchill vis-à-vis de l'Allemagne.
Deuxièmement,on comprendrait mal,car peu de temps auparavant nous avions
posé les bases d'un apaisement général.
Troisièmement,je croyais pouvoir le tranquiller en lui disant qu'à mon avis,
le danger qu'il voulait éliminer par une occupation de la Tchécoslovaquie pourrait
l'être par une voie un peu plus longue en évitant tout ce qui pourrait exciter
la Tchécoslovaquie aussi bien que les autres pays.
J'étais convaincu qu'après la séparation du pays des Sudètes et le rattachement
de l'Autriche à l'Allemagne,la pénétration économique en Tchécoslovaquie ne
serait qu'une question de temps,c'est-à-dire que j'espérais qu'en créant de forts
liens économiques,on arriverait à une union des communications,de la douane
et de la monnaie,qui servirait les intérêts économiques des deux pays.
Si on avait pu le réaliser,il y aurait eu une Tchécoslovaquie souveraine liée
politiquement de façon si étroite à l'Allemagne et aux intérêts allemands qu'à
mon avis,il n'aurait pu en résulter aucun danger.
En tout cas nous ne contrecarrerions d'aucune façon la Slovaquie si elle
exprimait très fortement son désir d'indépendance,nous pourrions,au contraire,
lui donner notre appui,car naturellement la communauté d'intérêts et par
conséquent,la coopération économique,deviendraient encore plus étroites,
puisque,si la Slovaquie se séparait,les deux pays seraient alors obligés de
se tourner vers l'Allemagne pour les questions économiques,si bien qu'il serait
possible d'intéresser ces deux pays et de les lier à l'Allemagne".
Le messager emporta cette lettre dont je vous ai donné la substance.
Je n'entendis parler de rien pendant quelques jours (...).
Je fus alors rappelé d'urgence à Berlin.J'arrivai le matin à Berlin et le président
Hacha le soir du même jour.
Je soumis verbalement au Führer le point de vue que j'avais déjà souligné
dans ma lettre.Le Führer me signala,d'après certaines preuves qu'il possédait,
que la situation en Tchécoslovaquie avait pris une tournure plus sérieuse.
Cet Etat s'était désagrégé à cause de la scission de la Slovaquie,mais ce n'était
pas là la question décisive.Il me montra des documents du service de rensei-
gnements signalant qu'il y avait des commissions de l'Aviation russe pour
la formation des cadres,sur certains des aérodromes de Tchécoslovaquie,
contrairement aux stipulations de l'Accord de Munich,il craignait que la Tchécos-
lovaquie,surtout après le détachement de la Slovaquie,fût utilisée comme base
aérienne russe.***
Il était résolu à éliminer ce danger,il me dit alors que le président Hacha avait
demandé au Führer de lui accorder une entrevue et qu'il arriverait dans la soirée,
le Führer désirait que je sois également présent à la Chancellerie du Reich.
Le président Hacha arriva et eut d'abord un entretien avec le ministre
des Affaires étrangères du Reich.Il vint voir le Führer cependant:
nous le saluâmes en quelques mots,il eut en premier lieu un entretien seul
avec le Führer,puis nous fûmes appelés.
Je lui parlai ensuite en présence de son ambassadeur et je le poussai à satisfaire
d'urgence à la demande du Führer et à retirer ses troupes à l'entrée des Forces
allemandes,pour éviter toute effusion de sang.
Je lui dis que toute résistance serait vaine car le Führer avait pris cette décision
et considérait cette action comme nécessaire.
Ce ne serait qu'une effusion de sang inutile,car toute résistance de longue durée
s'avérait absolument impossible.
J'ai déclaré à ce sujet que je serais navré de devoir bombarder la belle ville
de Prague.Personne n'avait d'ailleurs l'intention de bombarder Prague,et aucun
ordre n'avait été donné à cet effet car même dans l'éventualité d'une résistance,
le bombardement n'était pas nécessaire,il aurait de toute façon été très facile
de briser la résistance sans ce bombardement.
Mais je pensais que ce pouvait être un argument susceptible d'accélérer l'affaire.
Je réussis à lui faire donner une communication téléphonique avec son Gouverne-
ment à Prague et il donna l'ordre,l'occupation et l'entrée à Prague eurent donc
lieu le lendemain.



Dr STAHMER: Avez-vous accompagné le Führer à Prague ?


ACCUSE GÖRING:Non,je n'ai pas accompagné le Führer à Prague.
J'étais plutôt contrarié (...).



Dr STAHMER: Pourquoi étiez-vous de mauvaise humeur ?



ACCUSE GÖRING:Parce que toute cette affaire s'est déroulée en grande
partie par-dessus ma tête. (TMI
,IX,324-7).




(J.von Ribbentrop à Nuremberg.Lors des audiences,il expliqua qu'après
le rattachement des Sudètes au Reich,la Tchécoslovaquie s'était désagrégée
toute seule.)



(Le Slovaque Jozef Tiso.Le 13 mars 1938,il proclama l'indépendance de la Slovaquie)



(Emil Hacha.C'est lui qui discuta avec Hitler au moment où la Tchécoslovaquie
se désagrégeait.)



(N.Chamberlain,E.Daladier,A.Hitler,B.Mussolini et G.Ciano au moment
de la signature des accords de Munich.A Nuremberg,H.Göring expliqua
en détail les complications qui suivirent cet accord).


* Voy.V.Reynouard,Les crimes "libérateurs" contre la paix
(auto-édité,1995),pp.112-20.

** Exact !Le document en question est le PS-2802,le compte rendu de l'entretien
par le ministère allemand des Affaires étrangères.On lit:"Le ministre des Affaires
étrangères du Reich renchérit pour sa part en disant que,dans cette affaire,
la décision était une questions d'heures et non de jours.Il montra au Führer
un message qu'il venait de recevoir et qui signalait des mouvements de troupes
hongroises sur les frontières Slovaques." (TMI
,XXXI,153).
Le 1er avril 1946 encore,J.von Ribbentrop confirma:"Les Hongrois étaient très
mécontents et désiraient récupérer les territoires qu'on leur avait arrachés par
le traité de paix et qui avaient été incorporés à la Tchécoslovaquie,à la partie
slovaque de la Tchécoslovaquie.Il en résultait de grandes difficultés entre
Presbourg et Budapest,et surtout entre Prague et Budapest.On pouvait s'attendre
à tout moment à ce qu'éclatât une guerre.Une demi-douzaine de fois,au moins,
le Gouvernement hongrois nous avait fait comprendre que cela ne pourrait
continuer,qu'il fallait réviser cet état de choses." (TMI
,X,357).


*** Quinze jours plus tard,J.von Ribbentrop confirma:
"Je me souviens que Hitler cita le ministre de l'Air français,Pierre Cot,
qui avait comparé la Bohême-Moravie à un porte-avions contre l'Allemagne.
Je crois que le maréchal Göring a déjà mentionné qu'à cette époque nous
recevions des rapports secrets mentionnant que des pilotes russes ou
des missions russes se trouvaient sur les aérodromes tchèques.
Hitler me dit et je me souviens nettement de ses paroles,qu'il ne pouvait accepter
cette perpétuelle menace contre l'Allemagne (...).Il indiqua encore que la Russie
soviétique,alliée de la Tchécoslovaquie,était un facteur d'une puissance
inestimable." (TMI
,X,271).

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:22


- Aucun "complot" allemand.



Ce grave désaccord entre H.Göring et A.Hitler démontre qu'il n'y a jamais eu
de "plan concerté" en haut lieu dans l'affaire tchécoslovaque.
Loin d'avoir agi selon un schéma établi d'avance,le Führer n'a fait que réagir
à des événements survenus sans qu'il ait été besoin de le créer.
Mosaïque artificielle composée de Tchèques,d'Allemands,de Hongrois,de Polonais,
de Ruthènes,d'Ukrainiens,de Slovaques,etc,la Tchécoslovaquie devait fatalement
se disloquer.A Nuremberg,d'ailleurs,J.von Ribbentrop rappela que la
"question des Sudètes" n'avait pas été "un problème posé par Hitler ou par
le ministère des Affaires étrangères ou un autre,il se posait de lui-même"
(TMI
,X,261).
C'était incontestablement vrai.Dans cette affaire,Hitler agit comme il put,
pris entre les impératifs divers de minorités et de sécurité.
Quant à R.Hess,il resta totalement en dehors de ce deuxième et dernier acte
de crise tchèque.



- Le Tribunal reste sourd aux arguments de la Défense.



Oubliant cependant toutes ces évidences,le Tribunal écrivit dans son jugement:

Pendant l'été 1938,Hess fut en rapports suivis avec Henlein,chef du parti
allemand des Sudètes en Tchécoslovaquie.
Le 27 septembre 1938,au moment de la crise de Munich,il s'entendit avec Keitel
pour exécuter les instructions de Hitler visant à faire fonctionner le mécanisme
du parti nazi en vue d'une mobilisation secrète.
Le 14 avril 1939,Hess signa un décret incorporant au Reich le territoire des Sudètes,
et une ordonnance du 10 juin 1939,prévoyant sa participation à l'administration
de ce territoire.
Le 7 novembre 1938,Hess avait intégré dans le parti nazi allemand le parti
de Henlein,et avait déclaré,dans un discours,que Hitler n'aurait pas hésité
à s'emparer du pays des Sudètes par la force,si les circonstances l'avaient exigé.
(TMI
,XXII,563).

On soulignera la présentation totalement hors contexte des événements,
à aucun moment le Tribunal ne rappela l'origine du problème des Sudètes.
Mais il est vrai que cette origine remontait aux traités de "paix" et que les juges
de Nuremberg avaient interdit de revenir à ces années-là.

(La partie du jugement du TMI concernant R.Hess et relative
aux événements de Tchécoslovaquie (TMI,22,p.563.Le Tribunal a
sciemment écarté tous les arguments de la Défense
).


R.Hess et la Pologne.




- L'argumentaire de l'Accusation.



Restait le cas de la Pologne.Il s'agissait du plus important puisqu'en cette occurence,
la querelle avait dégénéré en conflit armé.
J.M.G.Griffith-Jones annonça:
"Je considérerai maintenant une partie des preuves du rôle qu'il joua dans
l'agression contre la Pologne" (TMI
,VII,142).
S'agissant d'une seule "partie",le substitut devait avoir sélectionné les preuves
les plus accablantes.On s'attendait donc à des comptes rendus de réunions
secrètes auxquelles R.Hess aurait participé,des ordres signés de lui pour des
préparatifs guerriers,des séries de discours belliqueux sortis de sa bouche et
exigeant l'écrasement de la Pologne....Mais une fois encore,rien ne vint,rien.
J.M.G.Griffith-Jones déclara:

A la page 16 du livre de documents,se trouve un rapport qui est le procès-verbal
d'un discours prononcé le 27 août 1939 et qui montre tout au moins qu'il prenait
part à la propagande officielle qui,deux jours avant la déclaration de guerre,
était adressée au monde.Je cite le deuxième paragraphe:

"Rudolf Hess,constamment interrompu par les applaudissements nourris des
Allemands vivant à l'étranger et des citoyens allemands de la province de Styrie,
souligna la modération sans exemple dont l'Allemagne avait fait preuve à l'égard
de la Pologne,et l'offre magnanime du Führer qui avait assuré la paix entre
l'Allemagne et la Pologne,une offre que M.Chamberlain semble avoir oubliée,
car il déclare qu'il n'a pas entendu dire que l'Allemagne essaie de résoudre
certaines questions aigües par des discussions pacifiques.
Qu'est-ce donc que l'offre allemande,sinon une tentative de ce genre ?"

Il continue en accusant la Pologne de pousser à la guerre et de manquer
du sens de ses responsabilités.Etant donné le temps limité dont nous disposons,
je ne citerai pas plus longtemps ce document qui a déjà été déposé sous
la référence M-101 (GB-266).
Après la conquête de la Pologne,ce fut encore Hess qui signa le décret incorporant
Dantzig au Reich,en date du 1er septembre 1939.Portent également sa signature:
le décret incorporant les territoires polonais au Reich du 8 octobre 1939 et,
le 12 octobre 1939,un décret sur l'administration des territoires polonais,
dans lequel il est précisé que d'autres ordonnances seront prises pour
l'organisation de l'espace vital allemand et de la zone d'influence économique.
Ce sont tous là des décrets figurant au Reichsgesetzblatt.
Je regrette que les deux derniers décrets ne figurent pas dans le livre
de documents,mais leurs résultats ressortent clairement de mon dossier d'audience.
Etant donné les preuves qui ont été apportées sur l'organisation de la Cinquième
colonne,je me propose d'en finir avec les questions relatives à la Pologne.
Mais je prétends que l'accusé est profondément mêlé aux plans et à la préparation
de la guerre d'agression.(TMI
,VII,142).


Ce fut tout...Sachant que les décrets officiels postérieurs au 1er septembre 1939
ne permettaient pas et pour cause,d'établir l'existence d'un quelconque "complot"
contre la paix,seul restait un vague discours qui soutenait les exigences allemandes
et qui fustigeait la conduite irresponsable de la Pologne.
Les propos de ce genre étaient tenus par toute la presse allemande à l'époque.
Fallait-il en déduire que les journalistes participaient à un "complot" en vue
de déclencher une guerre d'agression ? Evidemment non !


R.Hess prononce un discours.Dans l'affaire polonaise,l'Accusation à Nuremberg
lui reprochera principalement d'avoir...prononcé un discours.




- Le témoignage de Keitel.


J'ajoute que le 25 août 1939,Hitler espéra encore pouvoir régler pacifiquement
la querelle à propos de Dantzig et du Corridor.
A Nuremberg,le général Keitel raconta:

le 24 ou le 25 (août[),quelques jours seulement après la conférence
de l'Obersalzberg (au cours de laquelle le Führer avait déclaré que tous
les préparatifs militaires étaient achevés pour l'invasion de la Pologne),
je fus soudain appelé auprès de Hitler à la Chancellerie du Reich,qui me dit
simplement:"Arrêtez tout immédiatement.J'ai besoin de temps pour négocier".
Je crois que je fus congédié sur ces quelques mots (...).
Je téléphonai immédiatement au Commandant en chef de l'Armée de terre et
lui transmis l'ordre:Brauchitsch fut appelé chez le Führer.Tout fut arrêté et
toutes les mesures relatives à une action militaire éventuelle furent suspendues,
d'abord sans la moindre limite de temps,puis le lendemain,pour une période
déterminée.Je crois (...) qu'il s'agissait de cinq jours.(TMI
,X,533).



(A l'audience de Nuremberg,il révéla que fin août 1939,Hitler lui avait soudainement
demandé d'interrompre tous les préparatifs militaires d'invasion de la Pologne,
parce qu'il espérait encore résoudre le différend par la négociation).



- Les seize propositions de Hitler.



Les négociations devaient porter sur "seize propositions" raisonnables et conciliantes
que le Führer avait imaginées afin de résoudre pacifiquement le différend germano-
polonais. *
Dans ses mémoires déjà citées,P.Schmidt,écrit:

En les lisant (ces seize propositions),je n'en crus pas mes yeux.
Je m'imaginai revenu à Genève,car ces propositions prévoyaient un plébiscite
dans le Corridor,sous le contrôle d'une Commission internationale comprenant
des représentants de l'Angleterre,de la France,de l'Italie et de l'Union soviétique,
elles laissaient Gdynia à la Pologne,n'accordaient que Dantzig à l'Allemagne et
concédaient une autostrade et une voie ferrée internationale à travers la zone
éventuellement redevenue allemande.
Lesdites propositions s'inspiraient d'un esprit qui avait de points communs avec
les méthodes nationales-socialistes et les idées émises par Hitler,au cours des
innombrables entretiens précédents.
C'était vraiment un projet portant la marque de la Société des Nations.
**

Initialement,Hitler avait donné à la Pologne jusqu'au 30 août pour qu'un
plénipotentiaire vienne signer.Mais personne ne s'étant présenté,il avait accordé
un délai supplémentaire de 24 heures.D'où un nouveau recul de l'attaque
("le 30 août,je crois,le jour de l'attaque (...) fut de nouveau reculé de 24 heures"
***

Certains me répondront que les propositions de Hitler n'étaient ni sérieuses,
ni sincères.Dans sa plaidoirie,l'avocat de H.Göring a clairement répondu à
cette objection en lançant:

Le malentendu avec la Pologne durait depuis près d'un an.Pourquoi la Pologne
ne demanda-t-elle pas une solution arbitrale fondée sur le traité d'arbitrage conclu ?
Pourquoi la Pologne n'a-t-elle pas fait appel à la Société des Nations ?
De toute évidence,la Pologne ne voulait pas d'une sentence arbitrale pour Dantzig
et le Corridor.( TMI
,XVII,532).

Je rappelle enfin que ce n'est pas Hitler et son Gouvernement,mais W.Churchill
et la coterie belliciste britannique qui torpillèrent l'ultime tentative de médiation
italienne,le 2 septembre 1939. ****
Dès lors,seule la personne de mauvaise foi peut prétendre que le Führer et
ses proches collaborateurs auraient "comploté" pour rendre la guerre inévitable
dans l'affaire polonaise.



- La responsabilité écrasante de la Pologne.



Cependant,allons plus loin.Oui,admettons que le discours prononcé par R.Hess
le 27 septembre 1939 ait été belligène.Avant de conclure qu'il s'inscrivait dans
un "complot" guerrier remontant à 1937,ou 1933,voir 1920,il était nécessaire
de s'interroger:

a) sur l'évolution de la crise germano-polonaise pendant les mois précédent et

b) sur les responsabilités de la Pologne dans cette évolution.

A Nuremberg,l'avocat de R.Hess traita la question.Dans un cours d'histoire magistral
malgré les entraves mises à la Défense,il expliqua ainsi les circonstances qui avaient
amené à l'invasion allemande du 1er septembre 1939:

" J'arrive maintenant à un autre point de l'Accusation.Aussi bien dans le cadre
de l'accusation éleve par le Ministère public contre Rudolf Hess personnellement,
celui-ci est accusé d'avoir participé au déclenchement de la guerre et d'en être
par conséquent responsable.
En fait,l'accusé Rudolf Hess s'est prononcé dans plusieurs discours sur la question
du Corridor polonais et sur Dantzig.Mais ici,la constatation préalable suivante
s'impose:par la création du Corridor polonais,non seulement le droit des peuples
à disposer d'eux-mêmes avait été complètement négligé,car ainsi plus de
1 000 000 d'Allemands étaient tombés sous la domination polonaise,mais encore,
par la division du territoire du Reich allemand en deux parties séparées l'une
de l'autre,on avait créé un état de choses qui était contraire à tout bon sens
au point de vue économique et qui,bien plus,devait devenir dès l'abord
une cause de frictions et d'incidents continuels.
En effet,dès le jour de la signature du Traité de Versailles,des demandes
de révision du Traité n'ont cessé de se manifester justement en ce qui concerne
la question du Corridor polonais.Il n'y a pas eu en Allemagne un seul parti ni
un seul Gouvernement qui n'eut reconnu la nécessité d'une révision du Traité
de Versailles,surtout sur ce point,et qui ne l'eut réclamée.
En admettant même que la Pologne ait vraiment dû avoir à tout prix un accès
indépendant à la Baltique,il n'y a aucun doute que ce problème aurait pu être
résolu d'une façon plus raisonnable que par la création de ce que l'on a appelé
le Corridor,ce qui a eu pour résultat la division du pays allemand en deux
territoires complètement séparés l'un de l'autre.
" Les mêmes considérations s'appliquent au Statut international et constitutionnel
de l'Etat libre de Dantzig.Il n'est pas nécessaire d'entrer ici dans de plus amples
détails sur les faits qui ont conduit,au cours du temps,à des difficultés toujours
plus grandes et ont finalement amené une situation qui a rendu nécessaire
une transformation de la position internationale et constitutionnelle de cette
ville purement allemande.
"Il n'est pas davantage nécessaire d'entrer dans dans de plus amples détails
sur le problème des minorités soulevé par le Corridor polonais et la création
d'un Etat libre de Dantzig.Le fait est qu'au cours de deux décades environ
1 000 000 d'Allemands au moins ont été forcés de quitter le territoire sur lequel
ils étaient installés et ce,dans des circonstances qui ne pouvaient rester sans
répercussion sur les relations politiques générales entre le Reich allemand
et la République polonaise.Et tout ne s'est pas passé comme si les problèmes
soulevés ici n'avaient été traités publiquement que depuis la prise du pouvoir
par Adolf Hitler.
"Si j'ai bien compris le Tribunal,il me faudra omettre les pages suivantes,
jusqu'à la page 29.
"Dans ces conditions,personne ne pouvait être surpris,après l'accession de Hitler
et de son Parti au pouvoir,de constater que les questions soulevées par le Reich
au sujet du Corridor polonais et du détachement de Dantzig fussent soumises
à une nouvelle révision.C'était d'autant plus inévitable qu'après la conclusion
du Traité germano-polonais de 1934,les Polonais n'avaient nullement cessé
de tendre toujours davantage à éliminer l'élément germanique.
Je n'ai pas l'intention de m'étendre sur les négociations menées par le Reich
allemand avec la République polonaise dans le but de trouver un modus vivendi
compatible avec les intérêts légitimes de la Pologne.
Il me paraît en tout cas important d'insister sur les faits suivants:
le Ministère public a toujours affirmé que les accusés et le Gouvernement
allemand auraient dû tout faire pour éclaircir cette question,qu'ils auraient dû
négocier et non pas déclencher la guerre.
Mes explications qui vont suivre doivent démontrer clairement que,par la voie
des négociations,on avait essayé d'amener une solution des problèmes qu'on
ne pouvait éliminer autrement.
"Le ministre des Affaires étrangères du Reich,au cours de son entretien du
24 octobre 1938 avec l'ambassadeur de Pologne a,pour la première fois,
soulevé les questions relatives au Corridor polonais et à la séparation de Dantzig,
et il a proposé une solution qui devait reposer sur les bases suivantes:

1) L'Etat libre de Dantzig reviendrait au Reich allemand.

2) On ferait passer par le Corridor une autostrade appartenant à l'Allemagne
et jouissant de l'exterritorialité,ainsi qu'une ligne de chemin de fer à plusieurs
voies également ex territoriale.

3) La Pologne recevrait également sur le territoire de Dantzig une route ou
une autostrade et une ligne de chemin de fer ex territoriale ainsi qu'un port franc.

4) La Pologne recevrait la garantie de pouvoir écouler ses marchandises sur
le territoire de Dantzig.

5) Les deux nations reconnaîtraient leurs frontières communes (garanties)
ou les territoires respectés.

6) Le Traité germano-polonais serait prolongé de dix à vingt-cinq ans.

7) Les deux pays ajouteraient à leur Traité une clause aux termes de laquelle
ils se consulteront mutuellement."


"La réponse du Gouvernement polonais à cette proposition a été exposée au
Tribunal lui-même par le Ministère public.Il s'agit du document TC-73 n°45,
dans lequel se trouve la prise de position du ministre des Affaires étrangères
de Pologne,(le colonel) Beck,en date du 31 octobre 1938,et ses ordres à
l'ambassadeur de Pologne Lipski à Berlin.
Dans ce document,la proposition allemande est simplement refusée,étant donné
le fait "qu'une tentative quelconque de rattachement de la Ville libre de Dantzig
au Reich allemand amènerait inévitablement un conflit,ce qui ne provoquerait pas
seulement des difficultés locales,mais (suspendrait) toutes les possibilités
d'une entente entre la Pologne et l'Allemagne,sous toutes ses formes" *****
"Effectivement,l'ambassadeur de Pologne a représenté alors ce point de vue
dans une nouvelle entrevue avec le ministre des Affaires étrangères du Reich,
le 19 novembre 1938.A la question de savoir quelle serait l'attitude du
Gouvernement polonais vis-à-vis de la proposition allemande de faire passer
par le Corridor une autostrade ex territoriale et une voie ferrée ex territoriale,
l'ambassadeur polonais déclara qu'il ne pouvait prendre officiellement position
sur ce point.
"On ne pourra contester que la proposition faite par l'Allemagne était très réservée
et ne contenait rien qui eut pu être en désaccord avec l'honneur de la Pologne
et les intérêts vitaux de cet Etat.On doit d'autant plus l'admettre que la création
du Corridor et la séparation de la Prusse orientale du Reich furent effectivement
considérées par tout le peuple allemand comme la plus pénible de toutes
les charges territoriales imposées par le Traité de Versailles.
Si malgré cela,le Gouvernement polonais a refusé cette proposition,et pour
une raison qui ne laissait pratiquement pas de perspective de solution par
d'autres pourparlers,on pouvait déjà, à l'époque,en conclure que,du côté
de la Pologne,manquait une véritable volonté d'entente qui tînt compte
des intérêts justifiés du Reich allemand.
Cette impression se confirma lors des tractations qui eurent lieu à l'occasion
de la visite du ministre des Affaires étrangères de Pologne,Beck,à Berlin,
le 5 janvier 1939,et de celle du ministre des Affaires étrangères du Reich,
à Varsovie,le 21 mars 1939,ce dernier répéta la proposition faite le 24 octobre
1938,on doit en conclure que le Gouvernement allemand était effectivement animé
de la volonté de résoudre par des conversations les problèmes soulevés par
le Corridor et la séparation de la ville de Dantzig.
On ne peut pas non plus contester sérieusement que le Gouvernement allemand
ait essayé de résoudre par des négociations les questions de Dantzig et du Corridor
polonais et qu'il ait fait dans ce sens des propositions très mesurées.



..../....



* Le texte de ces propositions est reproduit intégralement dans Akten zur
deutschen auswärtigen Politik
,Serie D,Band VII (Imprimerie nationale,Baden-Baden,
1966),doc.n°458,pp.372-4.Pour une version française,voy. les Documents
diplomatiques français,1932-1939
,2ème série (1936-1939) tome XIX
(Imprimerie nationale,1986). doc.n°256,pp.258-62.Sur ces propositions,voy.
également V.Reynouard,Les crimes "libérateurs"...., déjà cité,troisième partie.
Voy.également V.Reynouard,Le mythe des démocraties "pacifiques" acculées
à la guerre par les "dictateurs"
(éd. du VHO,2006),pp.12-3.

** Voy.P.Schmidt,Sur la scène internationale... déjà cité,pp.217-8.

*** Voy.l'interrogatoire du général Keitel à Nuremberg,ibid.,p.534.

****Voy.V.Reynouard,Le mythe des démocraties "pacifiques"...,déjà cité,pp.36...

***** Dans la version française de la plaidoirie de Me Seidl,"supprimerait"
est mis à la place de "suspendrait".J'ai rectifié car le document original
(en anglais) porte "would suspend" (voy.TMI,XXXIX,78).

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Cordialement.  

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:31

...../....

" La réponse aux propositions allemandes du 21 mars 1939 fut une mobilisation
partielle des forces armées polonaises.Il reste à voir quel est le rapport entre
la mobilisation partielle ordonnée par le Gouvernement polonais et la proposition
de consultation britannique du 21 mars 1939,et si le Gouvernement britannique
avait déjà accepté,à l'occasion de la remise de cette proposition de consultation
à Varsovie,la déclaration de garantie qui suivit alors,le 31 mars,ou l'avait
seulement envisagée.En aucun cas,on ne peut douter que la mobilisation partielle
de l'armée polonaise reconnue le 10 juillet 1939 à la Chambre des Communes par
le Premier ministre britannique Chamberlain,était vraiment peu destinée à créer
des conditions ultérieures.En effet,le mémorandum du Gouvernement polonais
remis le 26 mars 1939 par l'ambassadeur polonais Lipski contenait un refus
catégorique de la proposition allemande.On y déclarait qu'une exterritorialité
des voies de communications ne pouvait entrer en ligne de compte et également
qu'une réunion de Dantzig au Reich ne pouvait pas être prise en considération.
Au cours de l'entretien entre le ministre des Affaires étrangères du Reich et
l'ambassadeur de Pologne,qui suivit la remise du mémorandum,l'ambassadeur
polonais déclara ouvertement qu'il avait le devoir désagréable de déclarer que
toute suite donnée aux plans allemands,particulièrement en ce qui concernait
le retour de Dantzig au Reich,signifierait la guerre avec la Pologne.
"Si j'ai exposé qu'il n'était pas nécessaire d'insister sur la corrélation entre
la mobilisation partielle polonaise du 23 mars 1939 et le refus complet de la
proposition allemande,refus contenu dans le mémorandum polonais du 26 mars
1939,d'un côté,et la garantie britannique contenue dans la déclaration du
31 mars 1939,de l'autre côté,cela paraît justifié déjà,eu égard à la proposition
faite par le Gouvernement britannique aussi bien à Varsovie qu'à Paris et à
Moscou,de fournir une "déclaration formelle".
Cette "déclaration formelle" devait annoncer l'ouverture immédiate de négociations
portant sur des mesures de résistance communes à toute menace dirigée contre
l'indépendance de l'un des pays européens.De plus,le discours prononcé le
17 mars à Birmingham par le Premier ministre Chamberlain,et le discours de
Lord Halifax,ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne,devant
la Chambre des Lords,le 20 mars,dénotent à cet égard une attitude qui devait
encore plus inciter le Gouvernement polonais à l'intransigeance.
Et,en fait,la proposition soumise dès le 21 mars 1939 par le Gouvernement
britannique aux Gouvernements de Varsovie,Paris et Moscou,en vue d'une
"déclaration formelle commune" aller marquer le début d'interminables pourparlers
dont le dessein était d'entourer l'Allemagne d'un cercle de fer.
Il parut donc évident a priori que,dans ces conditions,des négociations bilatérales
entre les Gouvernements allemand et polonais ne pouvaient plus avoir que peu
de chances de succès,au moins durant ces pourparlers.
Toutefois,dans un nouveau mémorandum que le Ministère public a déjà présenté
et qui fut remis,le 28 avril 1939,au ministère des Affaires étrangères polonaid,
le Gouvernement allemand exposait son point de vue de façon tout à fait claire
et affirmait,une fois de plus,qu'il était disposé à entamer des négociations
ultérieures.Adolf Hitler fit connaître publiquement,dans son discours au Reichstag,
le 28 avril 1939,le contenu de ce mémorandum en même temps que les
propositions faites en mars 1939.
En réponse au mémorandum du Gouvernement allemand du 28 avril 1939,
le Gouvernement polonais a remis,le 5 mai 1939,un mémoire qui a été,lui aussi,
déjà présenté par le Ministère public.
Dans ce mémoire,plus encore que dans ses notes précédentes,le Gouvernement
polonais repousse catégoriquement les propositions de l'Allemagne pour résoudre
le problème du Corridor et la question de Dantzig.
Le cours des négociations engagées le 21 mars 1939 entre Londres,Paris,
Varsovie et Moscou pour former une coalition dirigée exclusivement contre
l'Allemagne ne prit pas la tournure souhaitée.Même les missions militaires
française et britannique envoyées le 11 août 1939 à Moscou ne purent pas
écarter les difficultés nées des divergences politiques notoires.
Il importe peu de savoir quelle part eut dans cet échec le fait que la Pologne,
qui devait avoir la garantie de l'Angleterre,de la France et de l'Union soviétique,
refusa ouvertement d'accepter l'assistance militaire de l'Union soviétique.
On n'a pas non plus besoin de rechercher le degré d'exactitude de ce que
le Commissaire soviétique aux Affaires étrangères,Molotov,a affirmé à la séance
extraordinaire du Soviet suprême,le 31 août 1939:
"l'Angleterre,selon lui,n'avait pas essayé d'apaiser les inquiétudes de la Pologne,
mais au contraire,les avait entretenues".
Il me paraît beaucoup plus important d'examiner ces divergences d'opinion
fondamentales.C'est pourquoi je voudrais me référer à un extrait de l'ancien
ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin,Sir Nevile Henderson.
Etant donné que le Tribunal ne désire pas la lecture de cette citation,mais
que,d'un autre côté,lors de l'exposé des preuves,cet extrait avait été autorisé,
je me borne à indiquer cette référence.
Je continue à la page 35,au second paragraphe.
En fait,les événements suivants s'étaient produits entre temps:
Au dix-huitième Congrès du parti communiste,le 10 mars 1939,le Président
du Conseil des Commissaires du peuple de l'URSS,Staline fit un discours dans
lequel il donna à entendre que le Gouvernement soviétique considérait comme
possible ou souhaitable d'obtenir également de meilleures relations avec l'Allemagne.
Cette allusion fut parfaitement comprise par Hitler.
Le Commissaire aux Affaires étrangères,Molotov,s'est exprimé de la même façon
dans son discours du 31 mai 1939,devant le Soviet suprême.
Les négociations engagées là-dessus entre les Gouvernements allemand et
soviétique avaient,avant tout,pour but la conclusion d'un accord commercial
et financier.Cet accord fut signé le 19 août 1939 à Berlin.
Mais déjà,pendant ces négociations économiques,on avait traité également
des questions de politique générale qui,d'après un communiqué du 21 août 1939
de l'agence d'informations russe Tass,marquaient l'intention des deux parties
de modifier leur politique et d'écarter la guerre par la conclusion d'un pacte
de non-agression.Ce pacte de non-agression fut signé à Moscou dans la nuit
du 23 au 24 août 1939,donc,comme l'ont prouvé les documents produits
au cours de ce Procès,deux jours avant l'attaque de la Pologne par l'armée
allemande,qui avait été ordonnée pour la matinée du 26 août 1939.
A côté de ce pacte de non-agression,fut signé,comme sa partie essentielle,
un "protocole additif et secret".Sur la base des données fournies par les preuves,
en particulier sur la base de la déclaration sous la foi du serment de l'ambassadeur,
chef de la section juridique des Affaires étrangères,le Dr Friedrich Gaus,
du témoignage du secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères,baron de Weizsäcker,
et des déclarations des accusés von Ribbentrop et Jodl,le contenu suivant
du protocole additif et secret peut être considéré comme établi: pour le cas
d'une transformation territoriale dans les territoires appartenant aux Etats baltes,
la Finlande,l'Estonie et la Lettonie devaient appartenir à la sphère d'intérêts
de l'Union soviétique,tandis que le territoire lituanien appartiendrait à la sphère
d'intérêts de l'Allemagne.
En ce qui concerne le territoire de la Pologne,une division des sphères d'intérêts
fut opérée de telle manière que les territoires situés à l'Est de la Narew,
de la Vistule et du San devaient faire partie de la sphère d'intérêts de l'Union
soviétique,tandis que les territoires situés à l'Ouest de la ligne de démarcation
constituée par ces rivières devaient appartenir à la sphère d'intérêts de l'Allemagne.
En outre,en ce qui concernait la Pologne,un accord fut conclu prévoyant que
les deux puissances agissaient en commun au sujet du règlement définitif
des questions concernant ce pays.
Quant au sud-est de l'Europe,il fut procédé à une limitation des sphères d'intérêts
réciproques,de telle manière que l'intérêt pour la Bessarabie fut souligné du côté
soviétique,tandis que du côté allemand on proclamait un désintéressement total
pour ce territoire.
D'après les déclarations de tous les témoins,mais,en particulier des déclarations
de l'ambassadeur Dr Gaus et du secrétaire d'Etat Weizacker,il est établi que
cet accord secret comportait un nouveau règlement complet de la question
polonaise et du sort futur de l'Etat polonais.
Les efforts entrepris dans le but d'arriver quand même avec la Pologne
à un accord sur la question de Dantzig et du Corridor,après la signature
de l'accord germano-soviétique de non-agression et du protocole additif secret,
demeurèrent vains.Le pacte d'assistance conclu le 25 août 1939 entre
la Grande-Bretagne et la Pologne n'a pas empêché la déclaration de la guerre,
mais l'a seulement retardée de quelques jours.
Je n'ai pas l'intention de revenir en détail sur les entretiens diplomatiques qui
ont encore eu lieu après l'accord germano-soviétique du 23 août 1939 pour
essayer d'arriver à une entente.Une chose peut être dite en toute certitude:
si la déclaration de garantie unilatérale de l'Angleterre,le 21 mars 1939,
avait déjà été propre à argumenter l'intransigeance déjà existante du
Gouvernement polonais envers les propositions allemandes,un pacte d'assistance
avec la Grande-Bretagne devait avoir d'autant plus d'effet sur le désir de
négocier du Gouvernement polonais". (TMI
,XIX,379-84).


J'interromps la citation pour rappeler que ce pacte prévoyait une assistance
automatique en cas d'"agression" sans plus de précision. *
Or,dans ce genre d'accord bipartite,les rédacteurs prenaient soin de préciser
que l'agression devait être "non-provoquée",car il ne pouvait être question
de venir en aide à un allié qui aurait provoqué (sous-entendu:injustement)
une autre puissance.Le pacte d'assistance mutuelle entre l'URSS et la
Tchécoslovaquie (16 mai 1935) en fournit un bon exemple.
On lisait (je souligne):

Art.2 :au cas où,dans les conditions prévues à l'article 15,paragraphe 7,
du Pacte de la Société des nations,l'Union des Républiques soviétiques
socialistes ou la République tchécoslovaque serait malgré les intentions
sincèrement pacifiques des deux pays
,l'objet d'une agression non provoquée
de la part d'un Etat européen,la République tchécoslovaque et réciproquement
l'Union des Républiques soviétiques socialistes se prêteront immédiatement aide
et assistance.
**

Les précautions étaient manifestes.En omettant cette précision capitale,
l'Angleterre donnait un véritable blanc-seing à la Pologne.
Le deuxième article venait confirmer cette conclusion:il prévoyait une aide
totale en cas d' "action" extérieure qui aurait "menacé clairement,
directement ou indirectement,l'indépendance de l'une des parties contractantes "

et qui aurait été de naturelle telle que ladite partie aurait considéré comme
"vital d'y résister par la force" ***
Cet article exorbitant était sans précédent dans l'histoire moderne de la diplomatie
européenne,car il permettait à la Pologne d'entraîner à son gré l'Angleterre dans
la guerre.On ne sera donc pas surpris que,munie d'une telle assurance,Varsovie
ait catégoriquement refusé de négocier avec Berlin...
Cela dit,revenons à la plaidoirie de Me Seidl:

"L'insuccès des entretiens entre l'Allemagne et la Pologne peut d'autant moins
surprendre,si l'on se rappelle le témoignage du témoin Dahlerus devant le Tribunal.
Ce témoin n'a-t-il pas confirmé que l'ambassadeur polonais à Berlin,Lipski,avait
déclaré,le 31 août 1939,qu'il n'avait pas d'intérêt à délibérer sur les propositions
du Gouvernement allemand ?
Il fonda cette attitude en déclarant qu'en cas de guerre une révolution éclaterait
en Allemagne et que l'armée polonaise marcherait sur Berlin.****
"Quelles que fussent les nouvelles qui avaient amené le Gouvernement anglais
à la conclusion de l'accord avec la Pologne et qui peut-être faisaient allusion
à une fissure dans l'alliance germano-italienne et à des phénomènes de
décomposition dans la structure de l'Etat allemand,je me réfère ici aux indications
des témoins Dahlerus et Gisevius,l'avenir devait démontrer que de telles réflexions
ne trouvèrent aucune confirmation dans les faits." (TMI
,XIX,384-6).


(Pierre Laval.A son "procès",il expliqua qu'en 1935,il avait initié une politique
d'encerclement de l'Allemagne).



(23-24 août 1939:Viatcheslav Molotov signe le pacte de non-agression
avec l'Allemagne.Le Reich n'étant désormais plus menacé par l'URSS,
la Pologne aurait dû se montrer davantage conciliante.Il n'en fut rien...)


* Voy.le premier article de l'accord polono-britannique d'aide réciproque signé
à Londres le 25 août 1939 (reproduit dans TMI,XXXIX,88).

** Voy.le premier article de l'accord polono-britannique d'aide réciproque signé
à Londres le 25 août 1939 (reproduit dans TMI,XXXIX,88).


***Voy.l'accord polono-britannique,déjà cité,Art.2.1.

****Exact !Voici le témoignage de Birger Dahlerus,le 19 mars 1946,à la barre
du Tribunal: "Je lus la note (=l es seize propositions allemandes) à Lipski,
mais il ne sembla pas comprendre son contenu.Je quittai la pièce et dictai
une note au secrétaire et la lui remis.Pendant ce temps-là,Lipski expliqua
(au conseiller d'ambassade de Grande-Bretagne à Berlin,Georges Olgivie)
Forbes qu'il ne s'intéressait pas à la discussion de cette note avec le
Gouvernement allemand (...).Il dit qu'il n'avait aucune raison de négocier
avec le Gouvernement allemand.Si la guerre avait lieu entre la Pologne et
l'Allemagne,il savait,parce qu'il vivait en Allemagne depuis cinq ans et demi,
qu'une révolution éclaterait en Allemagne et qu'ils marcheraient sur Berlin."
(TMI
,IX,500).

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:40



L'exorbitant traité d'assistance mutuelle polono-britannique
du 25 août 1939.Il prévoyait une assistance automatique et inconditionnelle...

(TMI,39,p.88).



31 août 1939:suivant les instructions de son Gouvernement,l'Ambassadeur
polonais à Berlin refuse de discuter avec les autorités allemandes,persuadé
qu'en cas de guerre,les armées polonaises "marcheraient sur Berlin".

(,9,p.500).



- Le Tribunal reste sourd aux arguments de la Défense.



Encore une fois,cependant,le Tribunal refusa de prendre en compte toutes
ces évidences historiques.
Mais face à l'absence totale de preuves contre R.Hess dans l'affaire polonaise,
les juges ne purent qu'écrire:

Le 27 août 1939,l'attaque contre la Pologne ayant été provisoirement ajournée
dans l'espoir de persuader la Grande-Bretagne d'abandonner la garantie donnée
par elle à ce pays,Hess vanta publiquement "l'offre magnanime" de Hitler à la
Pologne et accusa cette dernière d'agitation belliciste,attitude dont l'Angleterre,
selon lui,était responsable.
Après l'invasion de la Pologne,Hess signa des décrets qui incorporaient au Reich
Dantzig et certains territoires polonais et créaient le Gouvernement Général.
(TMI
,XXII,563).

Ce fut tout pour l'affaire polonaise.Où était la participation à un prétendu
"plan concerté" en vue de commettre une guerre d'agression ?
Nulle part,bien évidemment.Mais sachant que le prévenu avait,à titre de membre
du Gouvernement,tenu un discours et signé un décret,c'était suffisant:
en vertu de la thèse du "complot",il devait être reconnu coupable.



- L'arbitraire du Tribunal.



Probablement conscients que leur jugement était très indigent,les juges
ajoutèrent (je souligne):

Ces mesures,prises par l'accusé pour soutenir les plans d'agression de Hitler,
ne montrent pas encore toute l'étendue de sa responsabilité.
Jusqu'à sa fuite en Angleterre,Hess fut le confident personnel plus intime
du Chancelier du Reich et,à ce titre,fut certainement au courant des plans
d'agression dès leur conception.
Il favorisa l'exécution de ces plans,
chaque fois que cela fut nécessaire. (ibid.,
pp.563-4).

Ce passage fut bien évidemment écrit pour justifier la forte condamnation qui
allait frapper R.Hess.
Certes,rien n'était démontré,mais comme je l'ai souligné plus haut,la thèse
du "complot" permettait tout: vous avez été intime de Hitler,Monsieur Hess,
donc vous avez trempé jusqu'au cou dans le "complot",donc vous avez
certainement tout su....Telle est la dialectique complotiste,une dialectique qui,
à Nuremberg,apparut dans toute son horreur.

Soucieux d'obtenir la condamnation de R.Hess,les juges s'arrangèrent pour faire
de sa mission en Angleterre un élément à charge contre lui.
Dans le jugement,on lit:

Il partit pour l'Angleterre avec certaines propositions de paix que,d'après lui,
Hitler considérait comme acceptables.Il est significatif que ce voyage ait eu
lieu dix jours seulement après que Hitler eut fixé au 22 juin 1941 la date
de l'attaque contre l'Union soviétique.
Dans les entretiens qu'il eut après son arrivée en Grande-Bretagne,Hess soutint
avec ardeur tous les actes d'agression commis jusqu'à ce moment et essaya
de justifier l'attitude de l'Allemagne vis-à-vis de l'Autriche,la Tchécoslovaquie,
la Pologne,la Norvège,le Danemark,la Belgique et les Pays-bas.
Il accusa l'Angleterre et la France d'être responsables de la guerre. (TMI
,XXII,564).

La dialectique était la suivante: en Angleterre,vous avez voulu justifier la politique
extérieure allemande,preuve que vous souteniez le "complot".


- La logique du juge soviétique.


R.Hess fut condamné à la prison à vie.Notons que le juge soviétique Timofeïevitch
Nikitchenko aurait voulu une condamnation à mort.
Il le fit savoir dans un texte intitulé:"Châtiment infligé à l'accusé Rudoph Hess"
(TMI,I,381-3).
Avec logique,il recourut à la thèse du "complot" pour prétendre que le dauphin
de Hitler aurait été responsable des crimes (prétendument) commis après
son incarcération en Angleterre,donc qu'il aurait mérité la corde.
On lit sous sa plume:

L'échec de cette mission (en Angleterre) causa l'isolement de Hess qui n'eut pas
ainsi de part direct à l'élaboration et à la réalisation des crimes commis par
la suite.
Il n'est cependant pas douteux que Hess ait fait tout son possible pour
préparer ces crimes. (ibid
.,p.381).


(...) il est incontestable que Hess est tout aussi coupable de crimes contre
l'Humanité que les autres grands criminels de guerre.
Compte tenu de ce que Hess venait en troisième parmi les chefs politiques
de l'Allemagne hitlérienne,et qu'il a joué un rôle prépondérant dans l'accomplis-
sment des crimes du régime fasciste,j'estime que le seul châtiment équitable
serait pour lui la peine de mort. (ibid
.,p.383).

Cet avis ne fut pas pris en compte et R.Hess fut emprisonné.
Il ne bénéficia d'aucune réduction de peine et mourut le 17 août 1987
à la prison de Spandau.Suicide ou assassinat ? Je ne me prononcerai pas.


EN GUISE DE CONCLUSION.


Le 31 août 1946,lors de la dernière audience du procès de Nuremberg,
il avait fait cette ultime déclaration au monde:




"Les constatations que mon défenseur a faites en mon nom ici,
je les avais demandées afin d'établir la vérité historique et la volonté
de mon peuple.C'est la seule chose qui m'importe.Je ne me défends pas
contre les accusateurs auxquels je dénie le droit de m'accuser et d'accuser
mes compatriotes.Je ne me défends pas contre des reproches qui traitent
d'affaires intérieures de l'Allemagne et qui ne regardent pas les étrangers.
Je ne proteste pas contre des déclarations visant mon honneur et l'honneur
du peuple allemand entier.
Je considère de tels reproches de la part d'adversaires comme des preuves
d'honneur.
Il m'a été donné pendant de longues années de ma vie de vivre sous l'homme
le plus puissant que mon peuple ait produit dans son histoire millénaire.
Même si je le pouvais,je ne désirerais pas rayer ce temps de mon existence.
Je suis heureux d'avoir fait mon devoir à l'égard de mon peuple,mon devoir
en tant qu'Allemand,en tant que national-socialiste,en tant que fidèle au Führer.
Je ne regrette rien.Si j'avais à recommencer,j'agirais de la même façon,même
si je savais que m'attend à la fin un bûcher pour ma mort.
Peu importe ce que peuvent faire les hommes.Je comparais devant le Tout-Puissant.
C'est à lui que je rendrai des comptes et je sais qu'il m'acquittera." (TMI
,XXII,400).


Salut à toi,Rudolf Hess !


Source: Sans Concession n°67 à 70/octobre 2011,
article de Vincent Reynouard. pp.27-184.

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

Message par Terreblanche le Ven 6 Jan - 8:48

- Annexe -


RUDOLF HESS VU PAR SA SECRETAIRE.


Nous publions ci-dessous la traduction d'un document inédit:

- la déposition écrite de celle qui fut la secrétaire de R.Hess de 1933 à 1941,
Hildegard Fath.Rédigée le 20 novembre 1945 à Nuremberg,cette déposition
n'a pas été utilisée pendant le procès.On comprend rapidement pourquoi
à sa lecture.
Cette pièce est aujourd'hui conservée à la Fondation Hoover,en Californie
(Stanford University,Stanford,CA 94305-6010) sous la cote ZZ043.
Je remercie Nicholas C.Siekierski qui m'en a fourni une copie.





Hildegard Fath.



Notes à propos de Rudolf Hess.


Rudolf Hess naquit à Alexandrie en Egypte,où son père était grossiste.
Sa mère,née Pröhl,naquit à Hof en Bavière.L'un de ses frères se suicida
dans des circonstances inconnues.Durant son enfance,Rudolf et son frère
Alfred suivirent des cours auprès d'un professeur particulier.
Sa plus jeune soeur Grete naquit bien plus tard quand il était déjà en Allemagne.
Le père était très sévère avec ses fils,Hess ma disait qu'ils n'osaient jouer
gaiement que lorsque leur père était parti pour affaires.
(Plus tard quand je connus le vieux M.Hess,ce dernier avait beaucoup changé,
il était très doux et tendre.Il mourut en 1941,ayant pour la seconde fois perdu
sa propriété dans la guerre.) Il avait eu autrefois un cancer en formation sous
le nez ou la nuque(?) mais ce dernier avait été retiré par des traitements aux
rayons.

Le frère Alfred est encore aujourd'hui le meilleur ami de Rudolf Hess.
Plus tard,les garçons furent éduqués en Allemagne à l'école protestante
de Godesberg dans le Rhin.
Je me souviens que d'anciens professeurs lui écrivaient souvent,ils se souvenaient
de nombreux détails,même le vieux professeur d'Egypte:ils semblaient avoir aimé
le petit garçon qui était un élève attentif et sérieux.
Il airait aimé étudier les mathématiques et les sciences naturelles,mais son père
voulait qu'il devienne un marchand.Par conséquent,il alla à l'école supérieure
de commerce à Neufchâtel en Suisse afin d'y étudier le commerce,plus tard
il fut apprenti dans une maison commerciale à Hambourg.
Heureux d'interrompre ce travail qu'il n'aimait pas,il partit comme soldat au front
en 1914.Il combattit tout d'abord au front Ouest,puis de l'Est,où il reçut une
balle dans les poumons.Après un long séjour à l'hôpital,il n'était plus du tout
apte pour le service d'infanterie,donc,il fut formé pour devenir pilote.
Mais il ne revint pas au front avant octobre 1918,donc il ne combattit plus
beaucoup.Mais il était devenu un pilote aussi passionné qu'il était bon soldat.

La soeur de son père est morte plutôt jeune (?) d'un trouble mental (?).
Apparemment,elle a été dans un hôpital psychiatrique.
Hess avait fait la remarque qu'il pensait que c'était à cause de l'état d'ivresse
de son grand-père au moment de la conception que sa tante mourut.
Le grand-père n'était pas nécessairement alcoolique.Sa tante naquit longtemps
après les autres enfants.
Hess donna l'impression qu'il pensait que le vieil homme l'avait fait uniquement
sous l'emprise de l'alcool.

Je le connus personnellement en 1933 par mon dernier fiancé qui était un parent
à lui.Nous étions invités chez la famille Hess,et M.et Mme Hess me proposèrent
de me joindre à eux comme secrétaire particulière.
Je fus très heureuse d'accepter,et je me mis depuis lors à travailler pour la famille
Hess jusqu'en 1943,d'abord pour les deux,après quelques temps seulement pour
Monsieur,et après son départ pour l'Angleterre,de 1941 à 1943,j'aidai Madame Hess
dans les travaux domestiques et le jardinage.
Le fait qu'en 1933,à la Saint Sylvestre,nous ayons souffert ensemble de la mort
de mon fiancé fit que,dès le début,ma relation avec la famille Hess fut très
intime et familière.J'étais protégée comme si je faisais partie de la famille,
et jamais je ne rencontrai de meilleures personnes que Monsieur et Madame Hess.

La plus grande qualité chez Rudolf Hess fut son engagement fanatique envers
ses devoirs,et il n'oubliait jamais le moindre détail de ses principes.
Dans sa façon d'agir,il était un bon modèle pour tous.Je définirais cela ainsi:
il fut un national-socialiste dans le bon sens du terme.

Il avait une grande maîtrise de lui.Jamais il ne pleurait devant quiconque:
il "avalait" comme nous appelons cela en allemand,toutes ses colères et
ses contrariétés.Peut-être aurait-il mieux valu pour lui de se soulager en hurlant.

Il s'occupait des choses principales de sa maison et laissait le reste à sa femme.
En effet,fidèle à sa modestie,il n'autorisait ni les photographies de sa femme
dans les magazines,ni qu'elle occupe un poste au Parti ou dans une organisation
féminine ou ailleurs.Elle apparaissait en public uniquement au théâtre ou a un concert.
Par conséquent,la maison n'était jamais luxueuse,et la seule occasion de différend
entre sa femme et lui survenait quand elle avait dépensé plus d'argent qu'il ne lui
en avait alloué.Il avait seulement sa maison à Harlaching,en banlieue de Munich,
qui a été brûlée par les bombes incendiaires en 1943.
Il n'avait même pas de maison de vacances.
La maison dans le Fichtelbirge où sa mère,sa soeur et sa belle-soeur vivent
actuellement,est la vieille maison de chasse de son père,et elle appartient
maintenant à sa mère.
La petite maison en bois à Hindelang/Allgaeu,où sa femme et son petit garçon
ont vécu jusqu'en 1943,était seulement en location.(Et en plus maintenant
le propriétaire l'a expulsée,de ce fait elle est obligée de louer deux pièces
au dernier étage d'une auberge de village dans la région.La remise à moitiée
brûlée de la maison de Munich où j'ai ma chambre est maintenant,du fait de la loi,
comme "propriété d'un criminel de guerre",à la disposition d'anciens prisonniers
de camps de concentration,et c'est seulement grâce à la gentillesse d'une équipe
américaine du quartier que j'ai pu conserver ma chambre jusqu'à présent).

Hess était très poli,galant avec les femmes,et très accommodant,sensible,même.
Je me souviens d'une fois où nous buvions le thé dans le jardin.
Des guêpes étaient engluées dans le pot de miel et ne pouvaient plus repartir.
Il les a récupérées avec sa cuillère,les a lavées précautionneusement et les a
disposées au soleil afin qu'elles puissent sécher.
Une autre fois,alors que le chien de chasse de son frère avait été tué par
un étranger,son frère et lui furent aussi tristes que si un être humain avait
été tué,et comme je me moquai un peu,il me rabroua violemment et j'en restai
effroyablement honteuse.

Il aimait beaucoup sa famille.Surtout quand son fils est né,il revenait à la maison
aussi souvent que le lui permettaient ses occupations.
Il aimait recevoir des invités.Durant le temps de paix,ses parents venaient
d'Egypte tous les deux ans,et après le début de la guerre,ils vivaient entièrement
chez lui,plus à Berlin qu'à Munich,parce que pendant la guerre il était à Berlin
la plupart du temps.Il était un fils très tendre et faisait tout ce qu'il pouvait
pour ses parents.Son père aimait regarder des pièces de théâtre joyeuses,
des opérettes et des films,ainsi faisait-il (Rudolf Hess) en sorte qu'il (son père)
puisse en voir le plus possible.Sa mère s'intéressait plus à la médecine naturelle
et à la philosophie,ce qui était aussi l'un des principaux traits de sa personnalité.

Deux raisons expliquaient l'intérêt qu'il portait aux médecines allopathiques
et naturelles.Tout d'abord pour des raisons politiques:beaucoup de gens
mourraient encore du cancer et la science n'avait pas bien réussi dans ce domaine,
donc il disait que quelqu'un devait donner sa chance à quiconque aurait une idée
ou un remède,sachant que souvent,les non-spécialistes avaient les meilleures idées.
Beaucoup de nos médecins officiels se moquèrent de lui,mais il y en avait aussi
suffisamment qui partageaient son opinion.

L'autre raison,qui est personnelle,était qu'il n'était jamais satisfait de sa propre
compétence.Il voulait travailler bien plus,et s'il était fatigué il pensait que
quelque chose n'allait pas,ou alors qu'il aurait dû faire plus avant d'être fatigué.
Quand je l'ai connu,il avait seulement des problèmes d'estomac.
Par la suite,sa santé fut bonne,il aimait beaucoup marcher.
En hiver nous allions souvent skier.Simplement,il ne pouvait pas monter les côtes
raides à cause de sa blessure aux poumons.Plus tard,il eut parfois des crises
au niveau de la vésicule biliaire,ce qui lui enlevait beaucoup de son énergie.
Il eut beaucoup de médecins,pas en même temps,mais les uns après les autres.
Il n'avait pas la patience de rester avec le même médecin,le temps que celui-ci
le rende en meilleure santé.Lorsqu'il ne voyait aucun succès arriver après
quelques semaines et qu'il avait déjà entendu parler d'un autre médecin,
il appelait l'autre.Dans les deux dernières années,avant son départ,il consultait
particulièrement deux médecins "non officiels",des naturopathes comme on dit
en allemand.Pour s'amuser,il les appelait les "sorciers" (Le Führer ridiculisait Hess
parce qu'il courait après toutes sortes de médecins.Hess lui envoya une copie
des correspondances entre Fredersdorf et Frédérick le Grand concernant une
(illisible) similaire (illisible) médecine (illisible).

Horoscope:Une femme plus âgée colporteuse d'horoscopes lui envoya
un horoscope (illisible) de 1940.Il semblait confirmer ses plans.
Il était si (illisible) qu'il ordonna à sa secrétaire de lui envoyer son jour exact
de naissance,l'heure et l'endroit exact de sa naissance,afin d'obtenir plus
de détails.Elle ne se souvient pas les détails,mais cela confirma sa conviction
que c'était son devoir et son destin de mettre fin à la guerre.

Il avait une attirance naturelle,tout comme sa mère,pour la transcendance
surnaturelle.
Concernant sa décision de s'envoler en Angleterre,il fut légèrement influencé
par l'horoscope et par un rêve du général Haushofer (Elle ne connaît pas les détails,
mais elle l'a mentionné parce qu'elle est sûre que ça confirme sa détermination
à partir en Angleterre.Il parlait à Albrecht Haushofer avant de partir).
Je pense qu'il était religieux ou pieux dans le sens de ressentir une dépendance
à la Providence,en laquelle il avait une confiance telle qu'il était convaincu que
tout ce qui arrivait avait un sens,un sens justifié,qu'on le comprenne ou non.

Je ne comprends pas qu'il ait des rapports le concernant qui soient haineux.
Nous et tous ses employés l'aimions beaucoup,et d'après ce que je sais,
ses hommes et les chefs politiques l'aimaient et l'admiraient aussi
(à une exception:Martin Bormann,mais je ne vois aucune raison pour laquelle
il aurait dû le détester).
Il était si prévenant avec tout le monde,la population sentait cela.
Je devais ouvrir toutes les lettres qui arrivaient chez lui,il y en avait beaucoup.
La plupart d'entre elles venaient de gens qui ne le connaissaient pas
personnellement,et toutes étaient emplies de confiance en lui pour remédier
à leurs problèmes,ou bien elles le remerciaient lorsqu'il les avait déjà aidés.
Particulièrement quand il avait fait un discours à la radio ou à Noël ou au
Nouvel An ou à n'importe quelle autre occasion,il y avait tellement de lettres
pleines d'affection et de reconnaissance.
Et ceux qui avaient eu affaire avec lui à quelque occasion l'avaient aimé et admiré.

Il était également très juste et chevaleresque envers ses camarades et
ses subordonnés.Cela me frappait souvent quand il dictait une lettre dans
laquelle il avait à blâmer quelqu'un.Après avoir tancé la personne,il faisait
gentiment des propositions en vue d'améliorations.
Il construisait pour ainsi dire un pont pour le réprimander,afin que ce dernier
ne se sente pas ofensé.Il n'était ni fourbe ni faux:s'il avait un reproche à faire
à quelqu'un,il lui disait ouvertement et discutait afin de clarifier la situation.

Il était si gentil et si noble que chacun se sentait obligé d'agir le plus possible
de la même manière et de faire pour lui autant qu'il ou elle pouvait.
Cela ne dérangeait aucun d'entre nous de travailler avec lui jusque tard après
minuit.Je me rappelle d'une fois où il était rentré tellement tard que le souper
avait dû être réchauffé plusieurs fois d'affilé.Mme Hess fut réprobatrice et dit
que c'était trop contraignant pour le cuisinier et la bonne de rester debout si tard.
Après cela,la bonne vint me voir secrètement et me dit:"S'il vous plaît dites-lui
que nous voulons travailler pour lui à n'importe qu'elle heure du jour et de la nuit,
cela ne nous dérange jamais,nous sommes heureux de faire quelque chose pour lui."
Cette réaction était représentative de ce que pensaient les gens qui avaient à
traiter avec lui personnellement.

Peut-être que sa faute fut d'avoir été trop gentil et d'avoir considéré d'autres
personnes aussi honnêtes et honorables que lui l'était.
Ses erreurs viennent de ses vertus:trop gentil et trop modeste.

Pour quelqu'un le connaissant,le voir aujourd'hui accusé de "criminel de guerre"
est la chose la plus idiote et la plus grotesque qui soit.
Son ambition fut toujours d'établir la paix,soit entre des particuliers,soit entre
les peuples.Son discours sur les vétérans est connu dans l'Europe entière:
les vétérans veulent la paix parce qu'ils connaissaient la guerre.
Il connaissait la guerre,puisqu'il a lui-même été un vétéran.
Et s'il y avait un homme d'Etat prêt à se sacrifier personnellement pour conduire
à la paix,c'était bien Rudolf Hess.
L'opinion de quelques personnes qui pensent qu'il a dû être fou depuis lors
ne diminue pas ce fait.


++++++++++++++++++++++++++++++


Nuremberg,le 20 novembre 1945.

(signature) Hildegard Fath.

(Rédigé à la main) "Quand Hitler déclara que Hess était fou,j'étais sûre que
c'était fait uniquement pour des raisons politiques.Maintenant je ne sais pas."

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Re: Rudolf Hess :La dernière tentative de paix auprès de l'Angleterre

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